On a eu le vertige avec VANGO de Timothée de Fombelle

Le Graf Zeppelin

 

“Il s’était fait à l’idée d’un Vango en creux, un peu terne, sans la moindre aspérité et, tout à coup, il avait l’impression de poursuivre un caméléon globe-trotter qui lui tirait une langue multicolore.”

Notre-Dame de Paris

Dans un article du mois de septembre, le magazine Lire met en lumière les nouvelles pratiques de lecture des familles françaises. Ces pratiques permettent un véritable décloisonnement des genres. Parents et enfants n’hésitent pas à échanger leurs livres cultes. Les auteurs fétiches des uns deviennent ceux des autres. Ou quand la littérature permet une réconciliation des générations…

L’écrivain Timothée de Fombelle illustre parfaitement ce phénomène. D’abord édité comme un ouvrage jeunesse, son diptyque Vango a ensuite paru au format poche sans discrimination d’âge.

Salina, îles éoliennes

Mais qui est Vango exactement ? C’est ce que le héros qui se cache sous ce sobriquet va tenter de découvrir. Mystérieux, farouche, insaisissable, Vango cherche à lever le voile sur ses origines. Pendant près de deux fois quatre-cent pages, cette énigme va tenir le lecteur en haleine. Mais pas que !
L’épopée de Vango, c’est aussi celle du monde d’entre-deux-guerres. C’est la montée du nazisme en Allemagne, la Russie de Staline, les Amériques avec leurs gangsters et le fantôme de la prohibition.

Empire State Building

C’est aussi des lieux qui font rêver : les îles éoliennes où Vango a échoué avec sa nourrice lorsqu’il était enfant, le monastère caché d’Arkudah, le zeppelin du commandant Eckener ou le domaine écossais d’Everland. On y croise une multitude de personnages secondaires, le plus souvent loufoques et attachants. Pour chacun, l’auteur a imaginé une ligne de vie complexe qui va croiser de près ou de loin celle de Vango et s’en voir perturbée.

Ecosse

Avec cette œuvre qui ne laisse pas une minute de répit, Timothée de Fombelle se révèle le digne héritier de Dumas, Verne ou Leroux. Il mêle astucieusement Histoire, aventure, voyage et humour dans une langue raffinée et néanmoins moderne.
À consommer sans modération, de zéro à quatre-vingt-dix-neuf ans !

 

Références : Vango, Timothée de Fombelle, éditions Folio

Tome 1 : Entre ciel et terre
1ère année de publication : 2010
Cote : R. FOM 1


Tome 2 : Un prince sans royaume
1ère année de publication : 2011
Cote : R. FOM 2

 

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On a été happé par UN OCÉAN, DEUX MERS, TROIS CONTINENTS de Wilfried N’Sondé

“L’esclavage était une gangrène qui nous menaçait tous, sa logique consistant à redéfinir la nature humaine à sa guise.”

Il y a des livres dont vous appréciez la lecture.
Il y a en d’autres qui vous mettent de véritables claques.
Un océan, deux mers, trois continents fait partie de ceux-là. Son style tragique et puissant, la gravité de son sujet, en font un véritable chef-d’œuvre.

On pourrait réduire l’ouvrage de Wilfried N’Sondé à une énième dénonciation de l’esclavage. Ou comment un authentique prêtre congolais du XVIème siècle est envoyé en ambassade auprès du Pape, et découvre l’horreur du commerce humain sur le navire négrier censé le transporter. Son périple ne lui épargnera aucune vicissitude ni aucune désillusion. Réduit à l’impuissance, il fera néanmoins preuve d’une détermination sans faille en ne perdant pas de vue sa mission, dans laquelle il voit le salut du peuple africain.

Buste de Nsaku Ne Vunda au Vatican

Mais le thème prédominant de Un océan, deux mers, trois continents est peut-être moins l’esclavage que la violence. Violence d’une époque en particulier et de l’Homme en général. Parce qu’il n’y a pas que les Africains qui souffrent de la situation. Et qu’il n’y a pas que les Européens qui profitent du trafic. N’Sondé n’hésite pas à dénoncer l’implication des premiers comme le calvaire des seconds. Tous sont les maillons d’un système infernal qui broie l’humain et le transforme en instrument, en accessoire ou en objet. Un procédé qu’utilise une autre institution présente dans le livre : l’Inquisition.

Au milieu de tant d’atrocités, N’Sondé nous accorde quelques bouffées d’oxygène. D’abord par le souvenir d’une Afrique lumineuse et syncrétique, image de la terre promise. Ensuite par l’aventure, car le périple du prêtre Dom Antonio Manuel, né Nsaku Ne Vunda, en reste une. Enfin, par ces fragiles lueurs d’humanité rencontrées au milieu de l’horreur, l’une d’elles portant le nom de Martin…

FICHE TECHNIQUE :
Titre : Un océan, deux mers, trois continents
Auteur : Wilfried N'Sondé
Pays : Congo
1ère année de publication : 2018
Éditeur : Actes Sud

Cote : RH. NSO
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On s’est ressourcé avec LA PÉNINSULE AUX 24 SAISONS de Mayumi Inaba

“Les choses changent, les choses passent, et c’est bien ainsi. Ce n’est pas l’homme qui ajoute ou qui retranche, c’est la nature.”

 

Qui n’a jamais eu envie de tout plaquer pour se mettre au vert ? Certains osent sauter le pas, écœurés par le rythme de dingue que nous impose la vie citadine. Au Japon aussi, on observe ce phénomène. Là-bas comme ailleurs, le retour à la campagne est motivé par un besoin d’authenticité. C’est devenu tellement tendance que même les mangas s’emparent du sujet.

Mais La péninsule aux 24 saisons n’est pas un manga. C’est un roman à caractère autobiographique. On pourrait même le qualifier de réflexions. Mieux encore de méditations, pour rester dans l’ambiance zen. Ces méditations sont inspirées par l’installation de l’auteure sur la presqu’île de Shima, loin de la folie de Tokyo. Pendant un an, l’auteure va vivre au rythme de la nature et de ses vingt-quatre saisons, dont elle découvre le principe grâce à un calendrier traditionnel. Les vingt-quatre saisons tiennent davantage compte des multiples changements de la nature. Elles guident pas à pas celui qui tire sa subsistance de la terre.

Dans la presqu’île de Shima, on réapprend la lenteur. Les petites choses qui s’y déroulent sont anodines : le rucher de la voisine, la vieille barque échouée dans le marais, les moustiques et la chaleur assommante, la décharge sauvage, le séjour de la mère vieillissante, les lucioles à la nuit tombée, la fête au milieu des bambous, le cimetière des camélias… autant de tableaux qui poussent l’auteure à s’interroger sur la vie -la sienne et celle des autres-, sur la mort, sur tout ce qui passe, s’enfuit, s’écoule, ainsi que sur le rapport de l’homme à son environnement.
Simple et poétique comme un haïku.

 

FICHE TECHNIQUE :
Titre : La péninsule aux 24 saisons
Auteur : Mayumi Inaba
Pays : Japon
Editeur : Philippe Picquier
1ère année de publication : 2014

Cote : R. INA

 

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On a été grisé par MILLÉSIME 54 d’Antoine Laurain

FICHE TECHNIQUE :
Titre : Millésime 54
Auteur : Antoine Laurain
Pays : France
Editeur : Flammarion
1ère année de publication : 2018

Cote : R. LAU

 

” Mes amis, nous allons boire plus qu’un vin, commença-t-il, nous allons boire… du temps.”

 

Recette pour un coup de cœur désopilant : prenez Le fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet. Mélangez-le à Minuit à Paris de Woody Allen. Saupoudrez le tout d’une bonne dose de soucoupes volantes. Vous obtiendrez Millésime 54, le nouveau grand cru signé Antoine Laurain !

Ces références vous font un peu tiquer ? Trop loufoques pour vous ? Trop “science-fiction” ? Ne vous méprenez pas, Millésime 54 est avant tout une reconstitution colorée du Paris des années cinquante. Il permet de faire revivre avec force détails cette France rétro dont le charme continue d’opérer à l’étranger, et que les touristes croient innocemment retrouver en visitant notre beau pays…
Les soucoupes volantes ne sont qu’un prétexte pour expliquer le voyage dans le temps des quatre héros du roman. Un prétexte qui est lui aussi un clin d’œil intelligent à un fait authentique : en 1954, la France connut une vague d’observations d’ovnis exceptionnelle, dont nous parle encore Wikipédia.

Derrière cette histoire rocambolesque, on sent qu’Antoine Laurain veut nous délivrer un message. Il nous rappelle un temps où les inconnus s’interpelaient amicalement dans la rue, où les vedettes de cinéma se laissaient aborder à une table de restaurant. Un temps où, certes, il n’y avait pas de téléphones portables, mais où il y avait de la convivialité. Sans tomber dans le passéisme malhonnête du “C’était mieux avant”, l’auteur pointe du doigt ce que notre société a perdu en simplicité et en sociabilité, en la confrontant avec celle qu’elle était il y a tout juste une soixantaine d’années.
Une époque pas si éloignée, que beaucoup d’entre nous ont connu, et dont certains se souviendront peut-être avec bonheur…

 

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On s’est réjoui avec LA TRILOGIE DE CORFOU de Gerald Durrell

“Nous retournions vers les oliveraies enchantées et la mer bleue, vers la chaleur, vers le rire de nos amis, vers les longues journées douces et ensoleillées.”

Eté 2017. France 3 diffuse la série La folle aventure des Durrell adaptée des livres de Gerald Durrell. L’occasion pour le public français de découvrir ce classique de la littérature anglaise. Gerald Durrell, célèbre naturaliste défenseur de la cause animale, y raconte un épisode de son enfance, à l’origine de sa vocation.

Entre-deux-guerres, presque sur un coup de tête, sa famille part vivre sur l’île de Corfou. Il y a la mère, la sœur Margot, le chien Roger et les deux frères aînés, Leslie et Larry. Larry qui n’est ni plus ni moins que Lawrence Durrell, autre grand nom de la littérature anglaise. C’est dire s’il y a du beau linge chez les Durrell.
Pour autant, ce ne sont pas des gens coincés. Loin de là. Sur la famille Durrell souffle un vent de folie. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Margot est écervelée, Leslie obsédé par la gâchette. Larry possède un humour british vitriolé et Gerald “Gerry” joue les SPA ambulantes. Face à ces démons, “Mère” reste d’un flegme quasi exaspérant. Autour d’eux gravite quantité de personnages plus loufoques les uns que les autres, des improbables amis de Larry aux précepteurs successifs de Gerry, en passant par les notables corfiotes.

Au contact de ce petit monde, on rit beaucoup. En suivant Gerry dans ses explorations zoologiques, on découvre aussi le paradis terrestre qu’était Corfou à l’époque. Un paradis à la fois exotique et familier, parce que méditerranéen.
Il règne dans ces livres un parfum de vacances, de joie de vivre et d’authenticité pittoresque qu’on aimerait sans fin.
Une lecture idéale pour l’été.

Références : La Trilogie de Corfou, Gerald Durrell, éditions La table ronde

Tome 1 : Ma famille et autres animaux
1ère année de publication : 1956
Cote : R. DUR 1


Tome 2 : Oiseaux, bêtes et grandes personnes
1ère année de publication : 1969
Cote : R. DUR 2


Tome 3 : Le jardin des dieux
1ère année de publication : 1978
Cote : R. DUR 3
Egalement disponible dans votre Médiathèque :

Titre : La folle aventure des Durrell
Réalisateurs : Steve Barron, Roger Goldy, Edward Hall
Acteurs : Keeley Hawes, Josh O'Connor, Callum Woodhouse, Daisy Waterstone, Milo Parker...
Date de diffusion en France : 16 juillet 2017

Cote : F FOL 1

 

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