Coup de ♥ littéraire sur le thème des FEMMES SAVANTES, version jeunesse

CALPURNIA DE JACQUELINE KELLY (COTE J. KEL)

“C’est étonnant tout ce qu’on peut voir quand on reste simplement assis en silence, et qu’on regarde autour de soi.”

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Calpurnia, l’héroïne du roman de Jacqueline Kelly, porte un prénom inhabituel. Il y a bien une épouse de César qui s’appelait Calpurnia. Et une aïeule de la famille Addams, “brûlée pour sorcellerie en 1706”, si l’on en croit Morticia Addams dans le premier film de Sonnenfeld…
Que l’on se rassure, notre petite texane de “presque douze ans” ne connaîtra pas le même sort ! Seule fille d’une fratrie de sept enfants, l’été 1899 sera pour elle le théâtre d’une véritable épiphanie. Partant de l’observation des sauterelles, Calpurnia va se découvrir une âme de naturaliste. Elle sera encouragée dans ce sens par son grand-père, personnage fantasque et savant, qui l’initiera aux théories de Darwin.
Le quotidien de Calpurnia, c’est aussi celui de toutes les fillettes aisées de son époque : l’école, les leçons de piano, les repas en famille, les chamailleries avec ses frères, la pression maternelle pour la transformer en parfaite candidate au mariage. Sous des extérieurs innocents et puérils, les actes journaliers de Calpurnia laissent transparaître les réalités plus sombres de son temps : la guerre de Sécession, l’esclavagisme et surtout la condition féminine.
Le siècle nouveau, avec son cortège d’innovations technologiques, redistribuera-t-il les cartes ? Calpurnia y compte dessus pour échapper à la vie conjugale et se consacrer à la science.
Un roman jeunesse intelligent, rafraîchissant, qui change des sempiternelles aventures magiques et fait revivre avec douceur ce coin d’Amérique d’un autre siècle.

Egalement disponible dans votre Médiathèque au rayon Bande-dessinée :
Calpurnia, la bande-dessinée
Mise en images par Daphné Collignon
Cote : BD CAL 1
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Coup de ♥ littéraire sur le thème des FEMMES SAVANTES, version adulte

PRODIGIEUSES CRÉATURES DE TRACY CHEVALIER (COTE R. CHE)

“Il est parfois extrêmement assommant d’être une dame.”

Qu’attendre de la vie lorsqu’on est une femme du début 19ème ?
Un bon mariage, à défaut d’un bon mari.
Mais quand on est une femme sans grandes ressources, et pas très jolie de surcroît ?
La disgrâce. L’exil à la campagne. L’étiquette de vieille fille qui vous colle à la peau tel un maléfice sclérosant.
C’est ce qui arrive aux sœurs Philpot dans Prodigieuses créatures, roman de Tracy Chevalier. Pour les Philpot pas de campagne comme point de chute. Direction la petite ville côtière de Lyme Regis, au sud de l’Angleterre.
Si Margaret, la benjamine, désespère de se faire passer la bague au doigt, Elizabeth, elle, accepte froidement son sort.
Cependant, que faire de sa peau de vieille fille ? Se trouver un passe-temps salvateur.
Pour Elizabeth, ce sera la chasse aux fossiles. Cette activité la rapprochera de la toute jeune Mary Anning, véritable prodige en la matière.
C’est l’histoire de l’amitié entre ces deux femmes, qui ont réellement existé. Une amitié qui n’est pas exempte de tumultes. Mais qui est portée par quelque chose de plus grand que les petites mesquineries humaines : la passion pour la paléontologie naissante. Cette passion commune permettra à Mary de se rendre célèbre en découvrant les premiers spécimens de dinosaures marins.
C’est aussi l’histoire de la condition féminine à une époque où les femmes restent la propriété des hommes. Une époque contemporaine de la romancière Jane Austen, habilement évoquée dans le texte. On serait d’ailleurs tenté de voir en Prodigieuses créatures une oeuvre de Jane Austen elle-même. Pour la chronique sociale du 19ème siècle anglais et le style châtié d’Elizabeth, le livre alternant les points de vue des deux héroïnes. Mais ces dernières sont trop féministes pour être “austeniennes”, trop assumée pour Elizabeth, trop rugueuse pour Mary. Ce qui les rend aussi plus attachantes.
Une œuvre magnifique, à la fois historique et profondément humaine.

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Coup de ♥ littérature adulte : LA TRILOGIE DE TOBY JUG de Denis O’Connor

“L’esprit de Toby Jug demeure présent dans chacun de ces arbres et de ces pierres.”

Tome 1 (Cote : R. OCO 1)

Présentés lors de la récente thématique sur les chats, les livres de Denis O’Connor forment une vraie-fausse trilogie. Vraie parce que les événements qu’ils relatent décrivent une suite chronologique. Fausse parce qu’ils peuvent se lire indépendamment, sans chevauchement ni lacune grâce au talent de l’auteur, bien que rien ne vaille de commencer par le commencement !

Et donc, au commencement était À pas de velours. Où l’on découvre comment Denis O’Connor, jeune professeur anglais, s’installe au cottage de la Hulotte et sauve la vie d’un chaton nouveau-né par une sombre nuit d’hiver. Nous sommes dans les années 60. Le chaton en question deviendra Toby Jug. À moitié maine coon, il nouera une relation si exceptionnelle avec l’auteur, que ce dernier en sera marqué à vie.

Tome 2 (Cote : R. OCO 2)

Vous l’aurez compris, les écrits d’O’Connor sont autobiographiques. Ils n’en possèdent pas moins les qualités d’un roman, à commencer par la fluidité. Ce qui les rend si plaisants à lire, ce n’est pas tant l’attachement d’un homme pour son animal de compagnie, que la découverte de la vie à la campagne, au rythme des saisons. Soit un pur concentré de l’Angleterre que l’on aime : bucolique, paisible, gourmande et douillette, pour ne pas dire cosy.

Denis O’Connor s’y révèle un homme en avance sur son époque, très sensible à la cause animale et environnementale. En témoigne son sabotage de la chasse à la loutre, ou les soins prodigués à la jument Lady May, décrits dans le second tome, Un chat dans le cœur. C’est aussi un sage à sa façon, ouvert au paranormal comme le prouve sa rencontre avec la sorcière de Rampton Hall, toujours dans le même tome.

Tome 3 (Cote : R. OCO 3)

On sent que cette vie de jeune célibataire au cottage de la Hulotte représente pour lui l’âge d’or. Si bien que vingt après, il n’hésite pas à retourner s’y installer avec son épouse. C’est le propos de Quatre chats dans le cœur dans lequel se succèdent quatre nouveaux compagnons à poils. Des félidés bien sûr ! Maine coon, de surcroît ! Leurs facéties n’ont pas fini d’éveiller le souvenir du regretté Toby Jug, que Denis fait revivre une dernière fois via des anecdotes inédites, pour notre plus grand plaisir de lecteur !

 

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On a vibré pour UNE HISTOIRE DES ABEILLES de Maja Lunde

“Pour vivre en harmonie avec la nature, nous devions nous libérer des pulsions propres à notre espèce. Or l’éducation avait un rôle à jouer dans cette prise de conscience.”

Trois héros malgré eux : William, chercheur dépressif ; George, apiculteur aux manières “d’espèce disparue” ; Tao, pollinisatrice d’arbres fruitiers.
Trois époques : 1851 pour le passé ; 2007 pour le présent ; 2098 pour le futur.
Trois nations : l’Angleterre victorienne ; les États-Unis agricoles ; la Chine post-apocalyptique.
Un drame universel qui les implique tous : l’inéluctable disparition des abeilles. Celle qui entraînera la raréfaction dramatique des ressources alimentaires. Celle qui causera la chute des civilisations.
Voilà ce que nous propose Maja Lunde dans sa passionnante Histoire des abeilles, habile mélange d’écofiction, de roman d’anticipation et de chronique familiale.

Que l’on soit ou non sensible à l’écologie, on est immédiatement embarqué dans ce récit où les voix des trois héros alternent d’un chapitre à l’autre. Des héros auxquels on s’attache d’emblée, parce qu’ils sont aussi humains, caractériels et imparfaits qu’on puisse l’être. Et parce que la famille est au centre de leurs préoccupations autant que le drame écologique qui s’insinue dans leur quotidien. Famille et cataclysme sont liés. L’un et l’autre forment chacun une moitié de l’héritage.

De la même façon, que l’on apprécie ou non la science-fiction, on adhère facilement à l’histoire. Parce que la science-fiction employée ici est légère. Et surtout parce qu’elle sert à décrire un futur plausible, conforme à celui que nous promettent les scientifiques étudiant la dégradation de l’environnement. Mais avec une lueur d’espoir en conclusion, où même ce que l’on croyait raté trouve sa raison d’être. Car nous avons tous notre rôle à jouer dans cette affaire.

Pour les amateurs de science-fiction, signalons tout de même que l’œuvre de Lunde possède un je-ne-sais-quoi du Cloud Atlas* de David Mitchell, porté à l’écran par les Wachowski en 2012. Dans l’installation progressive d’une catastrophe planétaire. Dans l’interpénétration des époques, des destins et de leur aboutissement.

*disponible dans votre médiathèque au rayon Cinéma

FICHE TECHNIQUE :
Titre : Une histoire des abeilles
Auteur : Maja Lunde
Pays : Norvège
1ère année de publication : 2015
Éditeur : Pocket

Cote : SF. LUN

 

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Coup de ♥ littérature adulte : Fabcaro sort de sa bulle !

Et oui nous parlons bien du même auteur, Fabrice Caro alias Fabcaro, celui qui nous a fait rire dans la bande-dessinée Zai Zai Zai, unanimement plébiscitée. L’auteur de BD signe cette fois son deuxième roman Le discours, publié aux éditions Gallimard dans la collection Sygne.
Très agréable à lire, il nous plonge dans un interminable repas de famille. Le récit à la première personne d’un huis clos familial, mêlant mélancolie et comédie, au cœur des tribulations intérieures d’un “quadra” en quête d’espoir.

Cet antihéros, Adrien, fête ses quarante ans chez ses parents en présence de sa sœur Sophie et de son futur beau-frère Ludovic. Entre gratin dauphinois et échanges sans intérêts, Adrien se livre alors à un réel combat intérieur pour survivre à ce déjeuner familial anxiogène. Et le coup de grâce est donné dès le début du repas, lorsque justement Ludovic, le beau-frère,  exprime une requête auprès d’Adrien, qui va prendre des proportions démesurées : “Tu sais, ça ferait très plaisir à ta sœur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie.” 
Plutôt introverti et mal dans sa peau, il n’en fallait pas moins pour anéantir ce quarantenaire. Parler en public devant un parterre d’invités aux têtes inconnues, pendant la cérémonie de mariage de sa sœur, c’est plus qu’il ne peut supporter ! Et puis comment lui demander ça à lui, aujourd’hui, alors qu’il vient de se séparer de Sonia ? Comment vanter l’amour et l’engagement alors qu’il navigue lui-même dans les flots d’une récente rupture ?

C’est avec un style simple, direct, sans fioritures, que Fabrice Caro fait passer de belles émotions où se mêle une bonne dose d’humour. Il manie à merveille le running gag et l’art de la chute. Il sait aussi soudainement partir en vrille dans l’absurde. Au passage, il raille la mièvrerie contemporaine, type “la vie est un vélo rouge sans petites roues”, les petites lâchetés amoureuses au temps du SMS, et les convives insupportables qui vous parlent du permafrost pendant des heures.

En un mot comme en mille, c’est bien la première fois qu’on aurait aimé qu’un discours de mariage soit plus long ! Le discours est en quelque sorte un panaché de tous nos petits travers relationnels, de notre incapacité à communiquer nos failles, un roman qui raconte l’Humain et où l’on rit du début à la fin en s’apercevant que, finalement, c’est peut-être bien de nous dont on rit le plus…

Référence :
Le discours, de Fabrice CARO, éditions Gallimard (2018)
Cote : R. CAR
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