Nos coups de cœur du moment, tous rayons confondus…

1. Littérature adulte : LA FUREUR DES HOMMES par Charles O. Locke

C’est en 2012 que les éditions Actes Sud et le réalisateur Bertrand Tavernier entament leur collaboration sur la collection “L’ouest, le vrai” dans le but de faire découvrir aux lecteurs français les romans à l’origine des plus fameux westerns.
La fureur des hommes est l’avant-dernier né de cette collection. Initialement publié aux États-Unis en 1957, il n’avait jamais été traduit en France malgré une adaptation cinématographique en 1958 par Henry Hathaway (voir l’excellente postface de Monsieur Tavernier à ce propos).

Le roman met en scène une chasse à l’homme, celle du jeune Tot Lohman, coupable malgré lui d’avoir tué l’un des fils Boyd. Même si Lohman est un garçon droit dans ses bottes, qu’il était en position de légitime défense, le reste du clan veut lui faire la peau. Les Boyd sont de riches propriétaires texans. Ils s’imaginent avoir droit de vie et de mort sur le quidam. Ils traqueront Lohman jusqu’au bout. Mais Lohman le leur rendra bien. Car malgré son éducation lettrée, il manie la carabine comme personne.

Le livre décrit un monde dur et violent qui pousse les hommes aux limites de la folie. Un monde en tout point aride, à l’image du désert que le héros traverse totalement démuni, manquant y trouver la mort. Cette aridité, on la retrouve aussi dans la narration dépouillée de Lohman, sobre bonhomme qui ne manque pas de maladresse quand il s’agit d’exprimer ses sentiments. Les épreuves qu’il connaît lui inspireront des réflexions sur le sens de la vie, sur l’injustice, sur la domination des faibles par les forts, lesquelles donnent au roman une puissance littéraire dépassant le seul western.

>>> Accès à la fiche du catalogue >>>

Vous voulez plus de romans westerns ? 
Lisez donc les deux tomes de la série Lonesome dove, qui vous feront vivre le quotidien des cow-boys comme si vous y étiez.
À découvrir au rayon littérature adulte !

 

2. Thématique Elisabeth Ier : HAMNET par Maggie O'Farrell

Si le titre du roman de Maggie O’Farrell vous rappelle une célèbre pièce de Shakespeare, il n’y a là rien d’étonnant. Car Hamnet, le petit garçon dont il est question dans ce livre, n’est autre que le fils de Shakespeare. Ou plutôt du “précepteur”, du “fils du gantier”, du “jeune homme” comme le célèbre dramaturge est dénommé tout au long des 350 pages que compte l’ouvrage. Jamais Shakespeare n’est appelé par son nom. Il restera anonyme du début à la fin. Pourquoi ce choix ? Peut-être pour signifier qu’ici on va s’intéresser davantage à l’inconnu qu’à la célébrité. D’ailleurs,  l’histoire pourrait n’avoir aucun lien avec Shakespeare. Elle pourrait être celle de n’importe quelle famille anglaise du 16e siècle, tant les thèmes qui y sont abordés sont ceux du commun.

Au fond, il est moins question de Shakespeare dans ce livre, que d’Agnes, sa flamboyante épouse un peu sorcière sur les bords, de leur histoire d’amour controversée, de leurs difficiles rapports à la famille, de leurs enfants et de la perte.
Car Hamnet est la chronique d’une mort annoncée. Le garçonnet va mourir. C’est établi d’entrée de jeu, sur la base d’un document historique. La seule extrapolation que se permet Maggie O’Farrell est la cause du décès : elle choisit la peste, comme un écho à notre actualité sanitaire teintée d’épidémie. Mais elle arrive si bien à nous entraîner dans ses va-et-vient temporels, à détourner notre attention en usant de poésie, que l’on finit par perdre de vue l’issue fatale et même, à en être surpris. La narration au présent, qui fait la part belle aux accumulations pour amplifier l’effet tragique, est absolument superbe.
Une œuvre en état de grâce.

>>> Accès à la fiche du catalogue >>>

Vous voulez plus de fictions sur Shakespeare ? 
Regardez donc le film Shakespeare in love, une irrésistible comédie sentimentale en costumes avec Joseph Fiennes, Gwyneth Paltrow, Geoffrey Rush... 
À découvrir au rayon cinéma !

 

3. Roman 7-10 ans : LES HÉRITIERS DE BRISAINE, TOME 1 par David Bry

Auteur de science-fiction pour adultes, David Bry n’hésite pas à mettre en scène des héros atypiques. Handicap, homosexualité : son œuvre prend des airs de manifeste pour la différence.
Dans le premier tome des Héritiers de Brisaine, sa nouvelle série jeunesse, cette caractéristique est beaucoup moins appuyée. Même si les brimades que le fils du seigneur fait subir aux indigents évoque la lutte des classes, même s’il existe un Ordre de Chevaliers aux allures de despote religieux, l’argument du livre reste une aventure fantasy tout ce qu’il y a de plus classique.

Au village de Trois-Dragons, les créatures magiques ont disparu suite à la guerre entre la Dame du Soleil et le Roi de la Nuit. Depuis, toute forme de magie est prohibée. Il n’y a que la vieille guérisseuse Brisaine pour oser encore en parler. Elle fait le bonheur des trois petits héros, Aliénor, Enguerrand et Grégoire, en leur racontant ce qu’elle sait à ce sujet. Jusqu’au jour où Aliénor disparaît dans la forêt attenante de Bois d’Ombres. Enguerrand et Grégoire vont devoir s’y enfoncer pour secourir la fillette, quitte à réveiller les vieilles malédictions…

On pense à Narnia, à Merlin l’Enchanteur et à tant d’autres encore. Le tout sublimé par les magnifiques illustrations de Noëmie Chevalier, au noir et blanc délicieusement gothique.
Les jeunes lecteurs y trouveront largement leur compte. Dès 9 ans.

>>> Accès à la fiche du catalogue >>>

 

4. Roman ado : OLYMPE DE ROQUEDOR par Jean-Philippe Arrou-Vignod et François Place

La France possède un trésor sous-estimé : ses auteurs jeunesse. Biberonnés aux feuilletonistes du 19e siècle, ils renouent avec la longue tradition du roman d’aventures qui a fait rayonner le pays bien au-delà de ses frontières.
Après Timothée de Fombelle, Jean-Claude Mourlevat ou Yann Fastier, c’est au tour de Jean-Philippe Arrou-Vignod et François Place de nous livrer une pépite littéraire, écrite à quatre mains.

Olympe de Roquedor, c’est un peu comme si Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas avaient rencontré La vouivre de Marcel Aymé. Le pays d’Azeillan, où se déroule le roman, évoque la campagne d’un 17e siècle fantasmé : ses routes poussiéreuses, ses orages soudains, ses sous-bois parfumés, ses croquants superstitieux, ses brigands de grands chemins… rien ne manque pour rendre l’aventure vivante.
Sans parler des dialogues ! Ils sont si fins, si croustillants, si naturels, qu’on rentre d’emblée dans l’histoire. À eux seuls, ils permettent de saisir toute l’originalité des personnages : Olympe, l’héroïne éprise d’indépendance fuyant un mariage forcé ; Foulques , petit nobliau arrogant écrasé par la figure paternelle ; Décembre, irrésistible mélange entre Don Quichotte, Cyrano de Bergerac et Jack Sparrow ; Oost, grand blond dégingandé, un peu stupide, qui fera un improbable allié…

En résumé : 300 pages de pur plaisir, qui laissent quelques questions sans réponse, nous permettant d’espérer une suite prochaine. Dès 12 ans.

>>> Accès à la fiche du catalogue >>>

 

5. Musique : CUZ I LOVE YOU de Lizzo

Lizzo est nue sur la couverture de son album. Elle est sublime et elle a raison de le montrer, de le crier haut et fort.

De formation classique (flûte traversière), elle excelle assez tôt dans le rap et signe en 2016 un contrat chez Atlantic Records. Et justement, vocalement, on retrouve chez elle du Aretha Franklin et du Otis Redding (Jerome) et même du Kid de Minneapolis (CryBaby) toujours avec cette énergie, cette fougue et cette confiance qui lui sont propres.

Elle est femme, noire et ronde. Elle a la rage et beaucoup de choses à dire. Patience… elle est en passe de devenir une véritable icône R’n’b.

>>> Accès à la fiche du catalogue >>>

 

Coup de ♥ musique : BANANA SKIN SHOES par Badly Drawn Boy

Dix ans sans nouvelles ! Qui attendait encore quelque chose de Damon Gough, ce garçon mal dessiné et mal dégrossi, gros nounours à bonnet qui nous avait offert quelques beaux albums studios mais aussi la bande originale du film Pour un garçon ?
Personne ou presque. Et pourtant, voici un album implacable qui le remet en selle après séparation et galères : une suite infernale de 14 titres sans le moindre moment pour souffler. De la pop qui tue, des mélodies plus fines qu’à l’habitude, des arrangements du même acabit… Un BDB (Badly Drawn Boy) sur-vitaminé qui a placé sa barre bien haut, et dont on apprécie le passage de la désinvolture à l’évidence.

Nous défions quiconque de rester insensible au joyau parmi les gemmes, le swinguant “Tony Wilson said”, démonstration parfaite d’un couplet et d’un refrain divins, dissociés sur la même base rythmique et harmonique.

Étonnamment situé entre le défunt Elliott Smith et Keane, un album concept, inusable, impeccable.
À part la pochette au recto naïf et immonde, un retour parmi les vivants.

Coups de ♥ musicaux : The Black President et The Ginger Beauty…

1. CONFUSION ET GENTLEMAN de Fela Kuti

Décédé en 1997, à l’âge de 58 ans, Fela Anikulapo Kuti est encore considéré aujourd’hui comme l’un des artistes africains ayant la plus forte influence musicale et politique.
À la fin des années 60, pendant que le Zaïre se réveille au panafricanisme avec le guitariste Franco et sa rumba, le Nigéria, lui, voit l’émergence de Fela Kuti, un dandy venant d’une famille nigériane très aisée. Ce dernier cherche un son innovant alliant les musiques populaires de son pays, le jazz et le funk qu’il découvre pendant ses études à Londres et plusieurs voyages à Los Angeles.
À l’époque, c’est bientôt la fin du highlife, musique populaire des années 30 d’origine ghanéenne, et du juju, musique de transe dérivée elle-même des percussions yoruba qui ont fait danser une bonne partie de l’Afrique de l’ouest.
Fela finit par trouver le son. Il sera tribal, rythmé et enivrant.
Cette musique sera indignée et furieuse comme son peuple. Elle s’appellera l’Afrobeat.
À Los Angeles, sa fréquentation du milieu Black Power et des Blacks Panthers lui a insufflé une conscience politique jusqu’alors inhibée.
Dès les années 70 et “le retour aux sources” voulu par plusieurs dirigeants africains, Fela y voit une nouvelle source d’inspiration (rejet du passé des colonies, critique des pouvoirs en place choyés par les occidentaux).
L’Afrobeat devient alors la bande son de la lutte contre la dictature militaire corrompue par les pétrodollars, la bande son du refus du renoncement à se battre (No Agreement , 1977).
Avec Gentlemen  en 1973 et  Confusion  en 1975, Fela signe deux albums symboliques et accessibles pour découvrir une des plus amples et engagées discographies du 20ème siècle.

>>>Accès à la fiche catalogue>>>

 

2. TALES FROM HOME de Eleanor Tomlinson

Ce visage de porcelaine, ces boucles rousses et ces grands yeux bleus vous disent quelque chose ? Vous avez la sensation de les avoir déjà vus quelque part, mais où ?
Si on vous dit série anglaise en costumes, Cornouailles, fin 18ème siècle, vous penserez peut-être à Poldark, et vous aurez raison !
Car Eleanor Tomlinson n’est autre que la radieuse Demelza de cette série en 5 saisons diffusées sur Netflix et Chérie 25.
Un conseil : si vous ne connaissez pas ce programme, dépêchez-vous de combler vos lacunes, car il vaut le détour.
En revanche, si vous êtes un fan inconsidéré, vous ne pouvez pas passer à côté de l’album Tales from home.
D’une part parce qu’il vous permettra de réentendre la jolie voix d’Eleanor, qui en est l’interprète, et qui a déjà poussé la chansonnette dans quelques épisodes de Poldark.
D’autre part, parce que derrière ce projet, on retrouve Anne Dudley. Laquelle Anne Dudley, membre fondateur du cultissime groupe Art of Noise, reconvertie dans la bande originale de films, n’est ni plus ni moins que la compositrice de Poldark. C’est elle qui a convaincu Eleanor d’enregistrer l’album après l’avoir entendu chanter sur les plateaux de tournage.

Paru en 2018, Tales of home propose donc 12 morceaux mêlant reprises et traditionnels, le tout réorchestré par Anne Dudley à la sauce folklo-romantique qui ne dépaysera pas les aficionados de Poldark. Le but de l’album, comme le confie Eleanor dans le livret du CD, étant d’évoquer les après-midis d’automne à chanter avec ses proches autour du piano familial.
Pari réussi. C’est tout à fait ce qui vient à l’esprit en écoutant l’album : cocooning et lumière orangée crépusculaire ! Quant à la famille, elle est bien présente, puisque Eleanor a convaincu son jeune frère de chanter avec elle sur le titre “The spinning wheel” que nous vous proposons en extrait, ci-dessous :

>>>Accès à la fiche catalogue>>>

Et s’il vous faut une dose supplémentaire de Poldark, essayez-donc la saga littéraire à l’origine de la série, publiée dès 1945 par l’auteur britannique Winston Graham :

Tome 1 : Les falaises de Cornouailles
Tome 2 : Au-delà de la tempête

Coup de ♥ musical : LOOK NOW de Elvis Costello

Décidément voici une rentrée pleine de surprises, bonnes et inattendues : le dernier Costello est une merveille.
Pour certains, c’est le retour à la forme du groupe et des compositions de 1979. Souvenez-vous, ce qu’on appelait alors la “new wave” ou le “post punk” et qui n’était dans son cas “que” de la pop. Mais pas seulement. On a affaire ici à la quintessence-même de cette dernière : mélodies, arrangements, voix, textes… et le miraculeux assemblage du tout, qui fait que la sauce prend !

Elvis Costello

Tantôt on dirait un Joe Jackson vintage, tantôt un Motown des familles. Ici, ce sont les trompe l’oeil d’un Bacharach (qui coécrit et participe à trois titres), là, la distance du vaudeville victorien sorti tout droit d’un Divine Comedy. Et partout l’intelligence, l’évidence d’un McCartney !
C’est parce qu’il aime tout ça et qu’il le fait naturellement que Costello a réussi à transcender les genres et les influences.
Aucun rebut dans cet opus… à un bémol près sur le EP bonus, un titre chanté en Français approximatif…

Look now n’en reste pas moins un bijou de complexité, de finesse et d’efficacité.

Référence :
Look now, Elvis Costello & The Imposters, Concord Records (2018)
Cote 2 COS 20

 

Coup de ♥ musical : EGYPT STATION de Paul McCartney

Or donc, voici le héros revenu, cinq ans après New et sa poignée de titres lâchée en obole. Et Sisyphe repart en promo gaiement pour cet opus qui divisera. D’un côté que dire d’un type qui a forgé les tables de la Loi ? Il se répète, tout ici pourrait se retrouver sur ses cinq premiers disques, hormis certains sons et quelques cordes à la Björk.

Alors Papi Paul bégaye ? Non car de l’autre côté on a affaire à un album divers mais dense où tout est bon (rare chez lui : Ram, Band & Chaos, pas plus).

Et sa voix morte ? En puissance il pousse toujours le bougre (“Caesar rock”, magnifique lien entre “Smile Away” et Talking Heads) mais en douceur, on souffre ensemble. Sinon le long morceau anti Trump à tiroirs tient plus que la route, bien supérieur à ce qu’il a pu livrer ailleurs (“Morse Moose”…), idem pour le medley final.

Paul et sa défunte femme Linda dans l’épisode des Simpson de 1995 “Lisa la végétarienne”

Astuces, maîtrise, pêche, finesse, MÉLODIES. Le carton est plein et le choc tel qu’on peut presque parler d’aboutissement. N’importe qui (Lemon Twigs ?) aurait écrit le moindre de ces titres, on hurlerait au génie… En tout cas, une paye qu’on n’avait pas écouté un nouveau Macca dix fois d’affilée en deux jours. Impressionnant !

Titre “I don’t know” extrait de l’album

FICHE TECHNIQUE :
Titre : Egypt station
Artiste : Paul McCartney
Label : Capitol Records
Année de publication : 2018

Cote : 2 MCC