Coup de ♥ littéraire sur le thème des FEMMES SAVANTES, version adulte

PRODIGIEUSES CRÉATURES DE TRACY CHEVALIER (COTE R. CHE)

« Il est parfois extrêmement assommant d’être une dame. »

Qu’attendre de la vie lorsqu’on est une femme du début 19ème ?
Un bon mariage, à défaut d’un bon mari.
Mais quand on est une femme sans grandes ressources, et pas très jolie de surcroît ?
La disgrâce. L’exil à la campagne. L’étiquette de vieille fille qui vous colle à la peau tel un maléfice sclérosant.
C’est ce qui arrive aux sœurs Philpot dans Prodigieuses créatures, roman de Tracy Chevalier. Pour les Philpot pas de campagne comme point de chute. Direction la petite ville côtière de Lyme Regis, au sud de l’Angleterre.
Si Margaret, la benjamine, désespère de se faire passer la bague au doigt, Elizabeth, elle, accepte froidement son sort.
Cependant, que faire de sa peau de vieille fille ? Se trouver un passe-temps salvateur.
Pour Elizabeth, ce sera la chasse aux fossiles. Cette activité la rapprochera de la toute jeune Mary Anning, véritable prodige en la matière.
C’est l’histoire de l’amitié entre ces deux femmes, qui ont réellement existé. Une amitié qui n’est pas exempte de tumultes. Mais qui est portée par quelque chose de plus grand que les petites mesquineries humaines : la passion pour la paléontologie naissante. Cette passion commune permettra à Mary de se rendre célèbre en découvrant les premiers spécimens de dinosaures marins.
C’est aussi l’histoire de la condition féminine à une époque où les femmes restent la propriété des hommes. Une époque contemporaine de la romancière Jane Austen, habilement évoquée dans le texte. On serait d’ailleurs tenté de voir en Prodigieuses créatures une oeuvre de Jane Austen elle-même. Pour la chronique sociale du 19ème siècle anglais et le style châtié d’Elizabeth, le livre alternant les points de vue des deux héroïnes. Mais ces dernières sont trop féministes pour être « austeniennes », trop assumée pour Elizabeth, trop rugueuse pour Mary. Ce qui les rend aussi plus attachantes.
Une œuvre magnifique, à la fois historique et profondément humaine.

Lectures de l’été 2019 : nos suggestions…

2. C'EST COSY CHEZ VOUS...

Pour tous ceux qui aiment les bons vieux romans policiers façon Agatha Christie, la tout aussi bonne vieille Angleterre avec son humour pince-sans-rire, ses jolis coins de campagne et son inévitable tea-time, voici un style littéraire qui fait florès ces derniers temps : le cosy mystery !

Un meurtre à élucider, une petite communauté bien sous tous rapports, une sympathique mamie friande d’enquêtes criminelles : voici les quelques éléments qui ont permis de fixer les codes du genre. Ceux que l’on retrouve dans les aventures de l’inoxydable Miss Marple ou de sa contemporaine plus discrète, Miss Silver.

Des séries plus récentes telle qu’Agatha Raisin permettent de dépoussiérer le genre tout en respectant le cocktail de base : humour-satire sociale-enquête policière gentillette.

Œuvres disponibles en rayon :

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À propos d’Agatha Raisin, voyons ce qu’en pense Thibault, notre saisonnier du mois d’août :
« Agatha Raisin trouve son inspiration dans l’univers de Miss Marple. L’auteur, M. C. Beaton, tisse des intrigues qui se déroulent dans un petit village anglais où tout le monde se connaît.
Il y a de nombreux personnages aux caractères bien trempés et tout se passe à huis-clos. Là où Agatha Raisin se distingue, c’est que l’enquête est mise en retrait au profit de l’humour. Les titres en témoignent : La quiche fatale, Remède de cheval
L’héroïne est une quinquagénaire qui prend une retraite anticipée et part s’installer dans les Costwolds. Personnage truculent et haut en couleur, qui n’a pas sa langue dans sa poche, elle va devenir détective amateur et résoudre les enquêtes au cours des quelques vingt livres que comptent déjà la série (et l’auteur continue d’en écrire !). Des livres faciles à lire, divertissants et terriblement addictifs !
En résumé, chers adhérents, lisez du Agatha… et mangez du Raisin ! »

Egalement disponible dans votre Médiathèque, au rayon Cinéma :
Agatha Raisin, la série télévisée, saison 1
Avec Ashley Jensen, plus déjantée que jamais !
Cote : F AGA

Coup de ♥ DVD : NO GRAVITY, de Silvia Casalino

Parler de la conquête spatiale au féminin reviendrait-il à conjuguer science et fiction ? C’est pourtant bel et bien la réalité : les femmes ont joué un rôle de choix dans les aventures extra-terrestres de l’humanité. En témoigne la réalisatrice de ce film passionnant, Silvia Casalino, elle-même ingénieure spatiale au Centre National d’Etudes Spatiales (CNES).

Mêlant réflexion personnelle, images d’archives, interviews, et extraits de films (dont La femme sur la lune (1929 !) du visionnaire Fritz Lang), ce documentaire s’emploie à rétablir une vérité historique en donnant la parole aux pionnières de la conquête spatiale. Les interviews de Claudie Haigneré, Mae Carol Jemison*, Jean Nora Jessen** ou Adilya Kotovskaya*** mettent ainsi en lumière cette « face cachée de la lune ». Mais, au-delà du seul témoignage historique, la réalisatrice propose une relecture féministe des technosciences en s’appuyant sur les théories développées par Donna Harraway. Cette primatologue et philosophe américaine, dont la pensée est à l’origine du  cyberféminisme, s’emploie ainsi depuis les années 70 à dénoncer le poids du patriarcat et l’omniprésence d’une hyper-normativité des modèles dans le domaine des technosciences.

Au final, le travail de Silvia Casalino aboutit à cette question aussi fondamentale qu’universelle qui, au-delà du seul cas des femmes, touche l’humanité dans son ensemble : comment concevoir les technologies de façon à mieux prendre en compte la multitude et la diversité au lieu de toujours nous réduire à un seul et unique standard ?

* 1ère femme afro-américaine à avoir été dans l’espace, ellea également fait un caméo dans un épisode Star Treck

** elle a participé au programme de recrutement de femmes astronautes lancé dès 1959 par le Dr Lovelace. Le projet sera brutalement interrompu. Au final ce sera la russe Valentina Terechkova qui sera la 1ère femme à voyager dans l’espace.

*** docteur en physiologie et médecin de Gagarine

Référence
No gravity, de Silvia Casalino (2011)
Cote : 305.4 CAS
Ce DVD est actuellement mis en avant sur la table thématique dédiée à Appollo 11.

Lectures de l’été 2019 : nos suggestions…

1. WOUAW !!! I FEEL GOOD...

Vous avez été nombreux/euses à apprécier notre thématique de l’année dernière sur le roman feel good… mais aussi déçus/es de ne pas la retrouver sur nos tables cette année !

C’est pourquoi nous vous proposons un petit récapitulatif des romans feel good acquis depuis l’été dernier, au cas où vous souhaiteriez profiter des grandes vacances pour continuer d’explorer ce style littéraire sympathique et léger :

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À dénicher directement dans nos rayons !

 

Thématique « Apollo 11 » – juillet 2019

 

À tous ceux qui ont la tête dans les étoiles, qui viennent d’une autre planète ou qui ont tendance à être dans la lune, la Médiathèque de Lattes propose une thématique sur la conquête spatiale pour célébrer les 50 ans de la mission Apollo 11.
De quoi atteindre le 7ème ciel et plus si affinités !

Documentaires adultes :

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Documentaires jeunesse :

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cinéma :

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Musique :

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Bandes dessinées :

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En bonus, quelques photos de la petite expo que le chef vous a concoctée pour l’occasion :

 

Coup de ♥ DVD : MIRAI, MA PETITE SOEUR, de Mamoru Hosoda

Japanime : un mot-valise pour un coup de cœur dépaysant ! Mirai, ma petite sœur, nous vient en effet tout droit du Japon, où le film d’animation est une industrie (qui a bercé l’enfance de toute une génération à coup de kamehameha ravageurs) mais aussi un art à part entière, avec ses réalisateurs stars et ses studios phares.

Passé par le mastodonte Toei Animation (à qui l’on doit les cultissimes Dragon Ball, Sailor Moon ou plus récemment One piece) et par les studios Ghibli, Mamoru Hosoda a longtemps été considéré comme l’héritier de Miyazaki. Si son trait se rapproche effectivement de celui du Maître, il a su développer un univers à part entière, qui mêle l’imaginaire à l’ordinaire pour en révéler toute la poésie*.

C’est finalement cet art de la nuance qui caractérise le mieux l’œuvre du réalisateur. C’est ainsi que, dans un pays fortement marqué par l’antagonisme entre tradition et modernité, Hosoda refuse la confrontation et lui préfère la synthèse : si le titre du film, Miraï, signifie avenir, c’est à l’ancienne qu’il travaille ses dessins, tous minutieusement réalisés à la main. La finesse du trait n’a d’égal que la précision des détails : la maison, modèle de réalisme (dont le plan a été travaillé avec un véritable architecte !), va paradoxalement devenir le théâtre de l’imagination du petit Kun, tout juste promu grand frère, et qui voit l’arrivée de sa petite sœur Miraï d’un mauvais œil…

Mais au-delà de Kun et de son attendue jalousie, c’est chacun qui doit trouver sa place au sein de la famille. Une des forces du film réside d’ailleurs dans cette honnêteté : une naissance est un séisme pour les enfants autant que pour les adultes. Aucune difficulté n’est éludée : fatigue des parents, crises de colère de l’enfant, logistique**… Chaque problème est traité avec toute l’attention et la légitimité qu’il mérite, sans manichéisme, permettant une totale empathie avec chacun des personnages.

Foisonnant, Miraï, ma petite sœur, aborde également en filigrane des thèmes aussi variés que le handicap, la guerre, la filiation…

Un film d’une grande finesse et d’une rare humanité, à partager en famille !

* C’est ainsi que le groupe LVMH s’est alloué les services de ce réalisateur connu et reconnu pour signer un (très joli) spot publicitaire pour sa marque Louis Vuitton. Car le propre du luxe n’est-il pas de faire rêver le commun des mortels (et ainsi d’accessoirement s’assurer l’audience la plus large possible dans cet el dorado financier que représente le Japon pour le très prosaïque secteur du luxe…).

** c’est assez rare pour le souligner : c’est ici le père qui s’occupe des enfants et travaille à la maison tandis que la mère reprend le travail. A cet égard aussi le film fait preuve de modernité dans ses représentations.

Référence
Miraï, ma petite soeur, de Mamoru HOSODA (2018)
Cote : A HOS

 

Coup de ♥ littérature adulte : LA TRILOGIE DE TOBY JUG de Denis O’Connor

« L’esprit de Toby Jug demeure présent dans chacun de ces arbres et de ces pierres. »

Tome 1 (Cote : R. OCO 1)

Présentés lors de la récente thématique sur les chats, les livres de Denis O’Connor forment une vraie-fausse trilogie. Vraie parce que les événements qu’ils relatent décrivent une suite chronologique. Fausse parce qu’ils peuvent se lire indépendamment, sans chevauchement ni lacune grâce au talent de l’auteur, bien que rien ne vaille de commencer par le commencement !

Et donc, au commencement était À pas de velours. Où l’on découvre comment Denis O’Connor, jeune professeur anglais, s’installe au cottage de la Hulotte et sauve la vie d’un chaton nouveau-né par une sombre nuit d’hiver. Nous sommes dans les années 60. Le chaton en question deviendra Toby Jug. À moitié maine coon, il nouera une relation si exceptionnelle avec l’auteur, que ce dernier en sera marqué à vie.

Tome 2 (Cote : R. OCO 2)

Vous l’aurez compris, les écrits d’O’Connor sont autobiographiques. Ils n’en possèdent pas moins les qualités d’un roman, à commencer par la fluidité. Ce qui les rend si plaisants à lire, ce n’est pas tant l’attachement d’un homme pour son animal de compagnie, que la découverte de la vie à la campagne, au rythme des saisons. Soit un pur concentré de l’Angleterre que l’on aime : bucolique, paisible, gourmande et douillette, pour ne pas dire cosy.

Denis O’Connor s’y révèle un homme en avance sur son époque, très sensible à la cause animale et environnementale. En témoigne son sabotage de la chasse à la loutre, ou les soins prodigués à la jument Lady May, décrits dans le second tome, Un chat dans le cœur. C’est aussi un sage à sa façon, ouvert au paranormal comme le prouve sa rencontre avec la sorcière de Rampton Hall, toujours dans le même tome.

Tome 3 (Cote : R. OCO 3)

On sent que cette vie de jeune célibataire au cottage de la Hulotte représente pour lui l’âge d’or. Si bien que vingt après, il n’hésite pas à retourner s’y installer avec son épouse. C’est le propos de Quatre chats dans le cœur dans lequel se succèdent quatre nouveaux compagnons à poils. Des félidés bien sûr ! Maine coon, de surcroît ! Leurs facéties n’ont pas fini d’éveiller le souvenir du regretté Toby Jug, que Denis fait revivre une dernière fois via des anecdotes inédites, pour notre plus grand plaisir de lecteur !

 

Littérature jeunesse : on a lu pour vous…

1. Aberrations, tome 1 : Le réveil des monstres

Le cousin trash de Tom Ward !

Cote : J. DEL 1

Avis à tous ceux qui ont aimé L’épouvanteur de Joseph Delaney : les éditions Bayard publie une nouvelle série de l’auteur britannique ! Intitulée Aberrations, elle reprend les ingrédients qui ont fait le succès de sa grande sœur : dans une Angleterre aux allures médiévales-fantastiques, le jeune Crafty, que ses origines familiales dotent d’aptitudes magiques, est formé au dangereux métier de « mouche de porte » pour lutter contre le Shole, un brouillard maléfique transformant tous ceux qu’il recouvre en créatures cauchemardesques. Mais comme va très vite l’apprendre Crafty, il y a pire que les revenants, les monstres ou les sorcières cachés dans le Shole. Il y a les traîtres qui prennent un plaisir cruel à éliminer les « mouches de porte »…
Un premier tome efficace et prometteur, malgré la noirceur de l’atmosphère et la violence de certaines scènes (tortures, meurtres, transformations inhumaines). Pour lecteurs de 12 ans et plus. Âmes sensibles s’abstenir…


2. Arlo Finch, tome 1 : Le mystère des Longs Bois

Harry Potter chez les Castors Juniors !

Cote : J. AUG 1

On ne le dira jamais assez : la saga Harry Potter a révolutionné le monde de la littérature jeunesse. Elle a fixé des codes qui sont toujours d’actualité vingt ans après et que bon nombre « d’héritiers » se sont empressés de reprendre, y voyant la clé du succès. C’est le cas de John August, collaborateur du grand Tim Burton, avec sa nouvelle série Arlo Finch. Dans ce premier tome, le héros éponyme, Arlo, douze ans, se réfugie dans un village perdu du Colorado avec sa famille. Un village cerné par une forêt extraordinaire, les Longs Bois, qui pourrait bien être la frontière avec un autre monde. Autour d’Arlo, il y a les indispensables camarades façon Ron et Hermione, en compagnie desquels il découvrira la magie des lieux ainsi que son potentiel insoupçonné. Il ne manque plus qu’une école des sorciers pour parfaire le tableau. Oui mais non ! Parce que nos héros ne sont pas des sorciers mais des rangers. Ou si vous préférez des scouts, façon Castors Juniors cette fois-ci. C’est là la véritable originalité de cet univers au demeurant sympathique, qui mêle magie et apologie de l’esprit de groupe. Dès 10 ans.


3. L’île des disparus, tome 1 : La fille de l’eau

Une reine du polar en territoire jeune !

Cote : J. STE

Valeur montante des romans policiers pour adultes, Viveca Sten s’associe avec sa propre fille Camilla pour nous livrer une série jeunesse inédite L’île des disparus. Si ce premier tome ne manque pas de références (certaines parfaitement assumées comme Twilight), il n’en possède pas moins des atouts propres. Et quels atouts ! Un univers original, inspiré des croyances populaires nordiques. Une ambiance inquiétante et glacée à l’image des îles suédoises où l’action se déroule. Une intrigue bien ficelée où s’exprime la maestria de l’auteur en matière de suspense. Un style singulier, à la première personne et au présent, qui nous permet une empathie totale avec Tuva, héroïne et narratrice de l’histoire. Cette dernière est une collégienne de douze ans pas vraiment comme les autres. Parce que, bébé, elle a miraculeusement survécu à un accident de bateau qui aurait dû lui coûter la vie. Et parce que depuis, une réputation de monstre de foire lui colle à la peau. La situation ne s’arrange guère lorsqu’elle se retrouve mêlée à la disparition mystérieuse d’un garçon populaire du collège. Sans parler des phénomènes surnaturels qui accompagnent cette disparition ou de l’angoisse que ressent Tuva à proximité de la mer…
Totalement addictif ! Vivement la suite !
Pour ados et adultes décomplexés.

 

Thématique : « sport & cinéma »

Sport & cinéma, corps & esprit… Alors qu’on pourrait les croire opposés, ce sont en réalité de véritables alliés. Car non seulement ces deux se complètent, mais ils partagent même des traits en commun.

Pourtant, si le sujet inspire largement les réalisateurs (les biopics de sportifs et autres récits de rivalités célèbres sont légion au cinéma), le film de sport reste un genre boudé du public. Voici donc une occasion de réviser votre jugement… (Ou pas ! )

Pour retrouver la filmographie complète, cliquez ici !

On en parle #3

On en parle ? Sélection de films autour de l’actu
Cannes 2019 : quand les zombis ouvrent les marches

De la pénombre de la série Z au zénith de Cannes, les zigzags des zombis les auront finalement menés très loin… Mi(z) à l’honneur à Cannes dans deux films d’auteurs (Dead don’t die, de Jim Jarmusch & Zombie child, de Bertrand Bonnello), on assiste aujourd’hui à une véritable reconnaissance du genre. Une bonne occasion de réviser ses classiques ! Nous vous propo(z)ons donc un zoom sur quelques films marquants (z)et cultes :

Vaudou, de Jacques Tourneur (1943)
aux racines du mythe

En situant l’action de son film à Saint-Sébastien, une île proche d’Haïti, Jacques Tourneur inscrit son récit au plus près des racines du mythe. Il est d’ailleurs intéressant de souligner que, si le titre français renvoie aux sources africaines des zombis, le titre original, I walked with a zombie, évoque quant à lui le berceau haïtien ; à eux seuls ces deux titres nous offrent une généalogie du mythe. Que l’histoire elle-même vient illustrer : qu’est ce que le personnage de Jessica Holland, malade apathique et apparemment incurable, sinon une illustration du zombi « traditionnel » ? Au-delà de son ancrage légendaire, Vaudou est un très beau film d’atmosphère tel que Tourneur sait les faire : l’art de la suggestion et du clair-obscur… Envoûtant. [Cote : F TOU]

La nuit des morts vivants, de G. Romero (1968)
des zombis aux zombies

Attention, film culte ! Et pour cause : La nuit des morts vivants a véritablement édicté les codes du genre. Mais plus encore que les seules trouvailles formelles (caméra portée, montage heurté), l’apport de Romero réside dans le discours : le zombie, métaphore d’une humanité aliénée, devient le porteur d’un message politique. Américanisation du genre, américanisation du mot : le terme portera désormais un -e final. [Cote : F ROM]

28 jours plus tard, de Danny Boyle (2002)
les zombies accélèrent

Oubliez le zombie avec sa démarche hiératique ; ici les morts-vivants ont pris un sérieux coup d’accélérateur. D’ailleurs le programme est annoncé dès le titre : 28 jours, et pas un de plus… Un symptôme révélateur d’une époque ? [Cote : F BOY]

[REC], de J. Balaguero & P. Plaza (2007)
un film à sensations (fortes)

Reprenant le dispositif de la caméra embarquée initié par Romero, [REC] creuse la veine du subjectif et lorgne du côté du jeu vidéo (et plus particulièrement du survival horror). Le spectateur est véritablement engagé dans l’action ; effets de surprise garantis…  Âmes sensibles s’abstenir ! [Cote : F BAL]

Les revenants (2012-2015)
la série TV

Amateurs d’hémoglobine et de sensations fortes, passez votre chemin ! Couleurs neutres, ambiance brumeuse : cette série télévisée française joue la carte de l’onirisme et explore la piste psychologique. Car au fond rencontrer des revenants, c’est aussi faire face au deuil et affronter la culpabilité des vivants face à leurs morts… [Cote : F REV]

Zombillenium, d’Arthur de Pins & Alexis Ducord (2017)
gentil zombie

Faisant sienne l’adage qui veut que l’on est jamais mieux servi que par soi-même, Arthur de Pins, aidé d’Alexis Ducord, est passé à la réalisation pour adapter sa propre bande-dessinée. Il nous livre ici une version sympathique de la figure du zombie (et de tout le panthéon horrifique par la même occasion), mêlant fantastique, humour mais aussi discours politique. Une bonne entrée en matière sur le thème à partir de 10/12 ans. [Cote : A PIN]

La nuit a dévoré le monde, de D. Rocher (2018)
le film de zombie « à la française »

L’originalité de ce huis-clos porté par l’acteur Anders Danielsen Lie réside dans le renversement des proportions : la solitude a désormais changé de camp. Là où La nuit des morts vivants s’attachait à observer la dynamique de groupe face à la menace, Rocher laisse son personnage évoluer dans un Paris vidé de toute présence humaine. La normalité a changé de camp… [Cote : F ROC]

On a vibré pour UNE HISTOIRE DES ABEILLES de Maja Lunde

« Pour vivre en harmonie avec la nature, nous devions nous libérer des pulsions propres à notre espèce. Or l’éducation avait un rôle à jouer dans cette prise de conscience. »

Trois héros malgré eux : William, chercheur dépressif ; George, apiculteur aux manières « d’espèce disparue » ; Tao, pollinisatrice d’arbres fruitiers.
Trois époques : 1851 pour le passé ; 2007 pour le présent ; 2098 pour le futur.
Trois nations : l’Angleterre victorienne ; les États-Unis agricoles ; la Chine post-apocalyptique.
Un drame universel qui les implique tous : l’inéluctable disparition des abeilles. Celle qui entraînera la raréfaction dramatique des ressources alimentaires. Celle qui causera la chute des civilisations.
Voilà ce que nous propose Maja Lunde dans sa passionnante Histoire des abeilles, habile mélange d’écofiction, de roman d’anticipation et de chronique familiale.

Que l’on soit ou non sensible à l’écologie, on est immédiatement embarqué dans ce récit où les voix des trois héros alternent d’un chapitre à l’autre. Des héros auxquels on s’attache d’emblée, parce qu’ils sont aussi humains, caractériels et imparfaits qu’on puisse l’être. Et parce que la famille est au centre de leurs préoccupations autant que le drame écologique qui s’insinue dans leur quotidien. Famille et cataclysme sont liés. L’un et l’autre forment chacun une moitié de l’héritage.

De la même façon, que l’on apprécie ou non la science-fiction, on adhère facilement à l’histoire. Parce que la science-fiction employée ici est légère. Et surtout parce qu’elle sert à décrire un futur plausible, conforme à celui que nous promettent les scientifiques étudiant la dégradation de l’environnement. Mais avec une lueur d’espoir en conclusion, où même ce que l’on croyait raté trouve sa raison d’être. Car nous avons tous notre rôle à jouer dans cette affaire.

Pour les amateurs de science-fiction, signalons tout de même que l’œuvre de Lunde possède un je-ne-sais-quoi du Cloud Atlas* de David Mitchell, porté à l’écran par les Wachowski en 2012. Dans l’installation progressive d’une catastrophe planétaire. Dans l’interpénétration des époques, des destins et de leur aboutissement.

*disponible dans votre médiathèque au rayon Cinéma

FICHE TECHNIQUE :
Titre : Une histoire des abeilles
Auteur : Maja Lunde
Pays : Norvège
1ère année de publication : 2015
Éditeur : Pocket

Cote : SF. LUN

 

Thématique « Auteurs suisses – 34ème Comédie du Livre » – mai 2019

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La littérature suisse est à l’honneur !

À l’occasion de la 34ème COMÉDIE DU LIVRE, la Médiathèque de Lattes vous propose une sélection de  romans d’auteurs suisses que vous pourrez rencontrer à Montpellier.

 

Chroniques BD : on a lu pour vous…

1. Une terrifiante aventure de Mickey Mouse : Horrifikland (cote : BD MIC / rayon jeunesse)

Glénat publie un nouvel album dans sa collection « Disney by Glénat » en collaboration avec le géant américain. Le neuvième depuis la parution en 2016 de Une mystérieuse mélodie. On y retrouve Lewis Trondheim au scénario, un habitué de la collection (trois albums sur neuf à son actif). Rien à redire au niveau de l’histoire. Trondheim respecte le cahier des charges d’une version luxueuse de Mickey Parade. Il s’amuse à accentuer les traits de caractère des trois héros : Mickey est un peu trop sûr de lui, Dingo stupidement drôle et Donald froussard à l’excès au lieu d’être colérique. C’est qu’il fallait bien un poltron dans la bande pour rendre comique l’exploration du parc d’attractions Horrifikland, dans laquelle les trois amis se sont embarqués. La mise en image est assurée par Alexis Nesme qui livre des cases magnifiques : couleurs chatoyantes, patine délicieusement vintage, et  décors biscornus dignes d’un Tim Burton. Pour petits et grands !

Extrait à découvrir sur le site de l’éditeur


2. LE PRINCE ET LA COUTURIÈRE (COTE : BD WAN / RAYON ADOS)

Féminin, masculin, non-binaire… ces derniers temps, il est de bon ton de remettre le genre en question. Le prince et la couturière de la dessinatrice américaine Jen Wang surfe gentiment sur cette vague transgressive. Gentiment parce que l’approche n’est pas scandaleuse, qu’elle reste très grand public, et qu’elle n’est pas sexuellement orientée. On s’explique : dans une fin dix-neuvième idéalisée, le prince Sébastien de Belgique séjourne à Paris. Un grand bal est organisé pour que le jeune monarque choisisse sa future épouse. La nouvelle met en émoi toutes les demoiselles à marier. Ça c’est la version officielle. Parce qu’en coulisse, le prince reluque les robes des donzelles. Oui, vous avez bien lu : le prince Sébastien aime les robes. Il se travestit et court les nuits parisiennes en compagnie de sa nouvelle couturière, la dévouée Francès. Une amitié solide unit ces deux-là. Voire plus si affinité. Jusqu’au jour où le talent de Francès ne peut plus se contenter du secret…
Des héros attachants, une histoire tendre malgré une fin invraisemblablement tolérante pour l’époque décrite, le tout servi par un graphisme agréable qui n’est pas sans rappeler la patte Disney des années 60-70. Primé au festival d’Angoulême 2019.


3. Le dieu vagabond (cote : BD DOR / rayon adultes)

Que d’influences dans cette bande-dessinée de l’italien Fabrizio Dori ! Un véritable voyage visuel à travers l’histoire de l’art. Les cases magnifiquement travaillées sont autant de tableaux où se mêlent céramiques grecques, estampes japonaises, préraphaélisme, paysages « van-goghiens », fantastique « blakien », silhouettes « klimtiennes » et tant d’autres choses. La formation aux Beaux-Arts de l’auteur est palpable. Côté scénario, on est encore dans l’évocation des grands anciens : on pense à Nijinski dans l’Après-midi d’un faune, aux épopées antiques, à Dante, à John Milton… mais pas de façon grandiloquente. Plutôt avec malice et loufoquerie. Et un peu de nostalgie aussi. La nostalgie d’un âge d’or oublié, d’un monde païen où l’on communiait avec l’univers et avec le sacré. Eustis, le héros, n’est pas qu’un dieu maudit. Il n’est pas qu’un clochard céleste faisant l’apologie de la marginalité. Il représente cette part à la fois sauvage et divine que nous portons tous en nous. Une part qui ne trouve plus sa place dans ce monde désormais aveugle à la magie de la vie…

 

Coup de ♥ littérature adulte : Fabcaro sort de sa bulle !

Et oui nous parlons bien du même auteur, Fabrice Caro alias Fabcaro, celui qui nous a fait rire dans la bande-dessinée Zai Zai Zai, unanimement plébiscitée. L’auteur de BD signe cette fois son deuxième roman Le discours, publié aux éditions Gallimard dans la collection Sygne.
Très agréable à lire, il nous plonge dans un interminable repas de famille. Le récit à la première personne d’un huis clos familial, mêlant mélancolie et comédie, au cœur des tribulations intérieures d’un « quadra » en quête d’espoir.

Cet antihéros, Adrien, fête ses quarante ans chez ses parents en présence de sa sœur Sophie et de son futur beau-frère Ludovic. Entre gratin dauphinois et échanges sans intérêts, Adrien se livre alors à un réel combat intérieur pour survivre à ce déjeuner familial anxiogène. Et le coup de grâce est donné dès le début du repas, lorsque justement Ludovic, le beau-frère,  exprime une requête auprès d’Adrien, qui va prendre des proportions démesurées : « Tu sais, ça ferait très plaisir à ta sœur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie. » 
Plutôt introverti et mal dans sa peau, il n’en fallait pas moins pour anéantir ce quarantenaire. Parler en public devant un parterre d’invités aux têtes inconnues, pendant la cérémonie de mariage de sa sœur, c’est plus qu’il ne peut supporter ! Et puis comment lui demander ça à lui, aujourd’hui, alors qu’il vient de se séparer de Sonia ? Comment vanter l’amour et l’engagement alors qu’il navigue lui-même dans les flots d’une récente rupture ?

C’est avec un style simple, direct, sans fioritures, que Fabrice Caro fait passer de belles émotions où se mêle une bonne dose d’humour. Il manie à merveille le running gag et l’art de la chute. Il sait aussi soudainement partir en vrille dans l’absurde. Au passage, il raille la mièvrerie contemporaine, type « la vie est un vélo rouge sans petites roues », les petites lâchetés amoureuses au temps du SMS, et les convives insupportables qui vous parlent du permafrost pendant des heures.

En un mot comme en mille, c’est bien la première fois qu’on aurait aimé qu’un discours de mariage soit plus long ! Le discours est en quelque sorte un panaché de tous nos petits travers relationnels, de notre incapacité à communiquer nos failles, un roman qui raconte l’Humain et où l’on rit du début à la fin en s’apercevant que, finalement, c’est peut-être bien de nous dont on rit le plus…

Référence :
Le discours, de Fabrice CARO, éditions Gallimard (2018)
Cote : R. CAR