LE VOYAGE DE NÉANIA À TRAVERS LA GUERRE ET LA PAIX, Régis Messac

Alors qu’il prépare l’entré à Normale Sup, Néania est mobilisé le 2 août 1914. Le dépôt, la tranchée, la blessure, l’hôpital, l’arrière, l’armistice marqueront les étapes de son voyage, enjolivé d’aventures amoureuses. C’est un itinéraire, hélas, bien connu. Mais l’auteur, nourri de Rabelais, a su donner à son récit un tour inédit. La verve en est amère, narquoise, fine et grasse à souhait. En une cinquantaine de très courts chapitres, Régis Messac fait traverser le premier conflit mondial à un personnage dont on se rend rapidement compte qu’il est nourri de l’expérience personnelle de l’auteur. Néania fait partie de ces courtisans de la mort qu’on entasse dans les trains de plaisir pour Berlin. Il est loin d’être un soldat modèle, du modèle rêvé par ceux qui envoient les autres se faire tuer. C’est, à sa façon, un partisan de “l’objection de conscience”. Jamais il n’a consenti à glisser une balle dans son fusil. Une balle cependant lui percera le crâne lors d’une corvée de terrassement avant qu’il ait aperçu le moindre “ennemi”, offrant son corps douloureux à l’armée des médecins militaires à laquelle il lui faudra également résister. De quel regard aigu il pénètre tous les ridicules de l’odieux métier. Et quelle vigueur il déploie pour fustiger la guerre, lui qui a vu des camarades fusillés par le peloton et d’autres abattus à coup de revolver par le général Machin. Un sobriquet qui rime avec Mangin. Quant à ses discussions avec ses parents, bourgeois prodigieusement denses et convenus, elles sont épiques. Ce livre est digne de rejoindre tous ceux, romans et pamphlets, qui travaillent patiemment à dépouiller la vieille idole de ses oripeaux et de ses chamarrures, et qui finiront bien par la montrer nue, telle qu’elle fut : abjecte, stupide et puante.

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